Du nouveau dans le dossier des essais nucléaires français en Algérie : interview exclusive avec Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France
Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France, décrypte les nouvelles opérations de décontamination à In Ekker et les avancées françaises sur l’indemnisation des victimes des essais nucléaires.
J’ai pu interviewer Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires, organisation lauréate du prix Nobel de la paix 2017), sur les dernières évolutions du dossier des essais nucléaires français dans le Sahara algérien.
Il m’avait écrit pour souligner l’importance de l’annonce, inédite, de l’armée algérienne, mi-février, qui a commencé des opérations de nettoyage de la zone d’In Ekker.
« Cette décision constitue une étape importante de la part de l’Algérie. Elle s’inscrit dans la continuité d’autres initiatives récentes qui semblent relever d’une stratégie d’ensemble. La France, elle, reste toujours muette concernant le partage d’informations sur la localisation des déchets radioactifs abandonnés », m’a expliqué ce chercheur, qui a participé à l’ensemble du processus (2010/2016) dit de « l’initiative humanitaire » et au processus de négociation à l’ONU du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires pour ICAN France.
Le co-auteur de L’illusion nucléaire : la face cachée de la bombe atomique m’a donné des détails exclusifs sur ces opérations algériennes. Jean-Marie Collin est également revenu sur l’avancée que représente le vote, par l’Assemblée nationale française, le 29 janvier, d’une loi visant à « reconnaître les victimes de l’exposition aux explosions nucléaires françaises et à améliorer leur indemnisation ». « Un dispositif qui indemnise réellement et qui reconnaît toutes les victimes des 210 explosions nucléaires réalisées par la France entre 1960 et 1996 », m’a-t-il indiqué.
Est-ce que l’adoption, fin janvier, par l’Assemblée nationale française d’une loi visant à « reconnaître les victimes de l’exposition aux explosions nucléaires françaises et à améliorer leur indemnisation » est une avancée significative et quelles seront ses chances d’aboutir réellement ?
Oui, sans aucun doute, cette proposition de loi, déposée par la députée Mereana Reid-Arbelot et le député Didier Le Gac, constitue une avancée réelle et demandée depuis de nombreuses années par les populations exposées aux conséquences des 210 explosions nucléaires réalisées par la France entre 1960 et 1996.
Concrètement, cette loi modifie en profondeur le dispositif d’indemnisation. Il ne sera plus nécessaire de prouver un lien direct entre la maladie et une exposition dépassant le seuil de 1 mSv par an, comme c’était le cas jusqu’à présent. Désormais, toute personne qui souffre d’une des 23 maladies listées par décret, pouvant être liées aux rayonnements issus des explosions nucléaires françaises, et qui établit sa présence dans les zones concernées (zones de Reggane et d’In Ekker, Polynésie) pendant les périodes retenues, bénéficiera d’une présomption d’exposition ouvrant droit à indemnisation. Cela signifie donc plusieurs milliers de personnes qui vont pouvoir, enfin, être reconnues comme des victimes.



